« L’Electeur, voilà l’ennemi ! »

(l’anarchie, 1906)


A TOUS,

Dans quelques semaines, la foire électorale va s’ouvrir. Les honnêtes citoyens de France et de Navarre vont être appelés à exercer leur souveraineté en se nommant des maitres qui leur feront des lois.

Qu’est-ce donc que la loi ? C’est l’acceptation par certains hommes (majorité) d’une appréciation que contestent d’autres hommes (minorité) ; cette appréciation peut être juste, elle peut ne pas l’être. Elle ne l’est pas nécessairement parce qu’elle est devenue la loi. La vérité peut être du côté de la majorité, du côté de la minorité, ou même ailleurs.

Imposer des appréciations par la force, c’est tyranniser. La loi est l’oppression suprême, l’oppression légale, le droit du plus fort.

Les droits d’un homme ne peuvent dépendre de l’appréciation plus ou moins désintéreesée d’autres hommes. Ou ces droits n’existent pas, ou ils existent.

S’ils n’existent pas, aucun homme, aucune réunion d’hommes, n’ayant de droits, n’a le droit d’établir aucune loi.

S’ils existent, il n’y a pas de motif pour empêcher un seul homme de les exercer, même malgré la loi.

De ceci nous pouvons conclure que toutes les lois étant tyranniques, tous les hommes qui participent à la confection des lois sont des tyrans.

Or, les lois sont faites par les députés, les députés sont nommés par les électeurs, donc

L’Electeur, voilà l’ennemi !


[l’anarchie n°50, 22 mars 1906]